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Matrimoine catalan

Suite au premier colloque sur le genre dans les Pyrénées-Orientales en 2007, idem a constaté la rareté des traces de l’histoire locale des femmes et des travaux de recherche portant sur cette orientation. Une série de conférences a élaboré cet état des lieux et présenté l’action sur le Matrimoine Catalan.

’’’Le matrimoine’’’ (mater : mère ) nom masculin singulier. Féminisation de "Patrimoine". Héritage culturel exclusivement basé sur l’action et le traitement des femmes propre à un territoire, dans l’histoire et l’actualité.

Un exemple d’intervention en ligne :

L’invisibilité des femmes dans les champs de la vie publique » Françoise Birkui , sociologue le 9/03/09.

Je commencerai mon intervention sur ce que Michelle Perrot appelle « Les femmes ou les silences de l’histoire » dans son ouvrage du même nom.

« Silencieuses les femmes ? Mais on n’entend qu’elles diront certains de nos contemporains qui éprouvent jusqu’à l’angoisse, l’impression de leur irrésistible ascension et de leur parole envahissante. Et plus seulement dans les salons de thé, mais envahissant à présent le domaine public, de l’enseignement, aux médias et même ô Cicéron, St Just et Jaurès jusqu’au Parlement ». Même si l’irruption de paroles de femmes a émergé depuis le dernier demi siècle, il reste des zones muettes, un « océan de silence lié au partage inégal des traces, de la mémoire et plus encore de l’Histoire qui a si longtemps oublié celles vouées à « l ‘obscurité de la reproduction, inénarrable, hors du temps et des événements. Le silence est l’ordinaire des femmes, il convient à leur position seconde et subordonnée, il sied à leur visage lisse », à leur corps réprimé, caché parce que suspecté d’alerter les élans irrépressibles de la virilité. Le silence est un commandement réitéré à travers les siècles par les religions, les systèmes politiques ou les manuels de savoir-vivre. Dans les églises, au temple, à la synagogue ou la mosquée, dans les assemblées politiques, dans l’espace public ou leur intervention collective est assimilée à l’hystérie et une attitude trop bruyante à la « mauvaise vie ». Dans le privé ou il lui est conseillé de se limiter aux convenances de la politesse et de se marier avec le fameux « Sois belle et tais toi ». Ce silence imposé par l’ordre symbolique n’est pas que celui de la parole mais aussi du corps, réprimé, yeux baissés, voilée. La pudeur est la vertu des femmes, le silence son honneur

L’invisibilité des femmes dans l’ensemble des champs de la vie publique est symbolisée par leur non représentation dans l’Histoire. Michelle Perrot est l’historienne qui a su le constater dans l’Histoire de France. Elle fait partie des 1eres vagues de femmes qui ont accédé à la recherche et l‘enseignement supérieur puisqu’il faut rappeler que ce n’est qu’en 1924 que les femmes de France ont eu accès aux programmes d’éducation nationale mixte (sortant ainsi de leur enseignement historique religieux et domestique). Dés 73 elle se questionne sur les « sciences de l’Homme » jusqu’en 83 où elle organise le 1er colloque « Une histoire des femmes en France est elle possible ? » Dans ce cadre s’élabore un état des lieux sur les raisons de l’absence de références de femmes dans l‘histoire :
- La perte de leur trace passant du nom de leur père au nom de leur époux, elles sont des vecteurs familiaux (enquête TRA qui n’a pas pu poursuivre)
- « Dans les archives publiques, elles n’apparaissent que quand elles troublent l’ordre public (émeutières), ce que justement elles font moins que les hommes, de par leur faible présence dans l’espace public et leur hésitation à porter plainte quand elles sont victimes ».
- les outils statistiques asexués qui engloutissent la présence des femmes dans la globalité, tend à penser qu’« on ne compte pas celles qui ne comptent pas ». Le recensement des feux sous l’ancien régime ou celui des ménages au 19eme siècle reposent sur le chef de famille…

- Ce défaut d’enregistrement est aggravé par celui de conservation des traces : l’on a gardé les courriers des grands auteurs quand, en temps de séparation ponctuelle, ils correspondaient avec leurs épouses (par exemple on a conservé la correspondance de Tocqueville, mais on a détruit ceux de sa femme Marie Mottley, pourtant une anglaise d’une grande érudition).

- De la même façon, dans les archives privées, rares sont les familles qui en ont conservé leurs traces parce que les tâches qu’elles assumaient étaient considérées comme bassement pratiques. Les archives publiques n’accordent que peu de valeur à ces dons quand il s’agit de gens ordinaires dont sont majoritaires les femmes. Or garantes de la gestion des foyers, elles ont su mettre en place des stratégies de survie (dans les temps de famine), de résistance et médiation dont nous aurions davantage de traces pour les analyser aujourd’hui. Les auteures elles-mêmes ont été/sont actrices de cette destruction ; par auto dévalorisation et aussi parce qu’elles sont porteuses de secrets de famille.

- Si l’usage de l’écriture dépend de leur degré d’alphabétisation – tardif comme nous l’avons dit- il dépend aussi du type d’écriture qui leur est permise. D’abord cantonnées à l’écriture privée et familiale et des formes spécifiques d’écriture publique (telles l’éducation, la cuisine, le savoir vivre, la piété) ce n’est que plus tard que les femmes ont pris place dans l’ensemble des domaines de la communication (journalisme, poésie, littérature, histoire), plus difficilement les sciences. Georges Sand est une exception puisqu’elle a beaucoup écrit, notamment des récits familiaux, qui ont été conservés.
- La constitution de l’Histoire comme discipline scientifique se consacre à l’histoire publique et la politique des Hommes où les femmes sont absentes, de la même façon que dans l’ensemble des sciences. Ne pas les représenter est une façon de signifier leur illégitimité et pérenniser leur absence.

-  Pourtant nous pouvons constater que les femmes ou plutôt La Femme n’est pas absente des textes et images d’auteurs. Elle est même surreprésentée, mais il ne s’agit là que de constructions créées par l’entendement des hommes : fantasmée, condamnée, on en fait l’apologie, lui assigne le sexe de la beauté, on en fait le faire valoir et la perte des hommes… mais les « Mots de femmes » manquent cruellement pour se narrer de l’intérieur (comme l’intitule Mona Ozouf dans son livre du même nom).
-  Dans ce même registre, l’absence de lieu intime, à soi, comme le préconisait Virginia Woolf dans « une chambre à soi » est aussi ce qui explique la longue absence ou rareté des femmes dans la création littéraire.

Cette invisibilité des femmes dans l’histoire - de France et de chaque territoire qui la constitue- se retrouve dans les références culturelles, dans l’enseignement à tous niveaux, dans les manuels de référence (encyclopédies, dictionnaires) et réaffirme ainsi leur illégitimité dans les champs de la vie publique.

- Au XVIIIe siècle on les craint, les arrête et les condamne à mort dans leurs émeutes de subsistances où elles font la preuve d’une redoutable hystérie dans la scène de « Germinal » par Zola (les femmes de mineurs émasculent l’épicier) mais aussi d’une « légitime vigilance de mères » (célébrée par Michelet). La régulation du marché entraînera certes la disparité de ces émeutes dans l’espace public.

- Le Code Napoléon (1804) les exclut des tribunaux sous motif que l’allaitement serait contrarié, compartimente les lavoirs pour diviser leur force, ferme les clubs populaires ou les salons privés, limitant leur participation à la vie politique. Pourtant en temps de guerres, la nation les sollicite pour remplacer les hommes dans des métiers peu « féminins » par exemple la sidérurgie ou la métallurgie (munitionnettes, midinettes concernant la 1ére Guerre Mondiale)- où elles ont enfin connu les salaires des hommes- avant d’être renvoyées dans leurs foyers pour assumer leur tâche de reproduction des forces vives de la sacrée patrie.

Elles ont par ailleurs toujours travaillé : lavandières, brodeuses, vanneuses, nourrices, couturières, modistes, domestiques, gouvernantes, vigneronnes, dessinatrices, puis décoratrices et en usines. Corvéables à merci et main d’œuvre bon marché, la plupart du temps sujettes à une sexualité non consentie, elles ont pris part à la vague des grèves du début du XXéme siècle. Dans les grèves mixtes, notoires par leur durée et ténacité, elles organisent des cuisines collectives, « temps forts de la solidarité ouvrière ». Parmi celles composées exclusivement de femmes, en 1905 ce sont les sardinières de Douarnenez (4 000 filles de « friture » réclament d’être payées à l’heure et non au mille de sardines) puis à Limoges, les décalqueuses de porcelaine de l’usine de Haviland se mobilisent contre le harcèlement sexuel des contremaîtres. Peu soutenues par les ouvriers, leurs grèves sont plus défensives, elles sont plus festives que violentes et échouent souvent Le syndicalisme aurait pu être une entrée plus invitative que ce qu’elle a été puisque le droit de se syndiquer a précédé le droit de vote (en 1884 avec la loi Waldeck-Rousseau ) mais les usages étaient dissuasifs (mari ne voyant pas la nécessité de cotiser, d’y passer du temps alors qu’elles avaient autre choses à faire, dans les réunions, leur parole devait être autorisé par l’un des membres hommes)

Non reconnues, elles s’autorisent peu la prise de parole. Les champs de la vie publique, l’histoire des nations, les sciences, la politique, la citoyenneté, le travail, la finance, la technique excluent les femmes et leur dite « féminité ». Ceci dans de multiples formes de sexisme hurlants ou silencieux, caractéristiques ou banalisés. Les stéréotypes sexués ont si longtemps créé les édifices des inégalités, que cela fait de chacun-e d’entre nous les véritables acteurs-rices de ces résistances.

Etat des lieux sur le Matrimoine local »

I- Le caractère sexué de l’histoire comme discipline

II- Le questionnement de la particularité du territoire

III- les modalités méthodologiques mises en œuvre pour mener l’enquête sur le matrimoine local.

I- Le caractère sexué de l’histoire comme discipline (ou L’histoire silencieuse des femmes)

Les traces écrites sont rares, détruites parce que dévalorisées autant par les familles, les institutions que par auto-dévalorisation des femmes elles-mêmes. Ce qui s’accorde avec la répartition des rôles sexués qui les cantonne à des tâches et non du travail, des savoirs faire et non des compétences ou encore un « instinct » et non un apprentissage appliqué et construit dans la récurrence. La « féminité » que l’on dit naturelle alors qu’elle est l’objet d’un conditionnement social qui s’exécute dés l’enfance et tout au long de la vie comme un « devoir d’être », est l’outil de cantonnement de ces rôles sociaux sexués. Ainsi les femmes n’ont accédé qu’à une éducation mixte en 1924. Jusque-là leur éducation religieuse et domestique ne donnait accès à l’écriture que dans des milieux privilégiés, (ne nécéssitant pas d’une main d’œuvre pour subvenir aux besoins du foyer) mais le type d’écriture qui leur sera accordé sera limité au savoir vivre, la piété ou la cuisine, ce qui ne revêt qu’un intérêt mineur pour l’histoire. Les outils de référencement des réalités de femmes ont émergé depuis peu, jusque là absorbées par un universalisme olympien résolument composé d’hommes, les statistiques asexuées montrent que « l’on ne compte pas celles qui ne comptent pas ». Dans le même sens, le port du patronyme au mariage ne permet qu’une généalogie paternelle et fait ainsi « perdre » la trace des femmes. (Hormis en Catalogne qui conserve le matronyme et qui constitue une ressource importante de proximité dans notre démarche, nous y reviendrons.)

II- La question de la particularité du territoire

L’approche genre dans l’interprétation du territoire permet de repérer la place attribuée et représentée par les femmes dans les traits culturels spécifiques au territoire. Quels sont les noms de communes et ou de rues faisant référence aux femmes ? combien y en a t il ? Sont-elles des rues des impasses, des grands axes ou des tronçons ? Sont-elles pratiquées, rénovées, abandonnées ? Y’a t il des références de femmes dans les monuments, les statues, les noms de services publics (scolaires, sportifs, culturels) les noms de lieux et communes ?

Le paysage public témoigne de la répartition de rôles sexués : Dans les squares, les sorties de crèche, d’école, les maisons de retraites, des marchés et supermarchés, les services d’administration elles sont majoritairement là. Mais dans les activités citoyennes, professionnelles, familiales, les pratiques rituelles et coutumes traditionnelles, Y’a t il des signes d’un traitement différentiel des sexes dans le département et la catalogne sud ? quels sont ils ? On connaît par exemple l’histoire des toilettes publiques dites « vespasiennes » ou « tasses » à leur installation au XVIIIéme siècle à Paris (avec les 1éres chasses d’eau). Simples urinoirs dans une pièce collective réservée aux hommes et implantés dans le centre urbain, il a fallu attendre deux siècles pour que les premières toilettes publiques pour femmes soient installées en France.

- Ce traitement différentiel est d’abord celui des institutions qui diffusent et soutiennent la référence culturelle du territoire au « patrimoine ». L’arsenal linguistique, trait fondamental de toute culture, avalise la légitimité des hommes et d’une masculinité qui s’accorde avec les usages. La référence à l’universalisme « masculin » clame avec force l’exclusion des femmes et a dû créer des néologismes tels que matrimoine pour répondre au patrimoine, la sororité pour la fraternité..

Définition : matrimoine (mater : mère ) en ethnologie définit tout ce qui appartient à la mère ou provient de la mère ; c’est l’ensemble des biens d’un groupe, d’une communauté, d’une collectivité, d’un territoire reconnaissant la participation des femmes dans son histoire. Ex : Le matrimoine culturel catalan. Syn : bien, capital, domaine, fortune, héritage.

Dernièrement, "l’Indépendant" qui relayait notre dernière conférence sur le matrimoine a corrigé le texte ou plutôt une lettre (de « matrimoine » en « patrimoine ») ce qui réduisait à néant nos efforts à communiquer sur une action novatrice mais manifestement imperceptible. Comme nous le disions observer l’aménagement du territoire est révélateur de ce que les institutions cautionnent comme regard sur les femmes et la place qui leur est faite.

a/ Parmi les références culturelles citées dans les supports de communication locaux :

-  La communication des services publics du département fait référence à 63 hommes dans la rubrique « 66 ancêtres » du département (www.cg66.fr) soit 4, 6%
-  Le guide 2010 sur le patrimoine s’intitule « Terre des Hommes ».
-  Pour exemple parmi les ouvrages sur l’histoire des lieux, « Les hommes et le Roussillon »( de J Rifa, P Teisseire-Dufour, Ed Trabucaire, 2004) comptent 68 personnages dont 6 femmes (soit 8,8%)
-  « Hommes et femmes de la rue perpignanaise » de Christian Camps (Ed de la Tour Gile, 2003) consacré à l’illustration des 800 noms de rues de Perpignan parmi lesquelles 19 femmes sont citées (3 illustrées pleine page ). Soit 2, 3%
-  Dans la presse locale, « La semaine du Roussillon » a initié une rubrique hebdomadaire titrées « Rencontres » sur les personnalités du département depuis janvier 2009 (sur 46 /4 sont des femmes, données à préciser dans leurs archives). Soit 8,7% ce qui démontre une volonté à visibiliser les femmes dans l’actualité et la mise en œuvre d’actions publiques (principalement axées sur l’art et la culture) Absence des femmes, référencement stéréotypé (muse, religieuses, prostituées) ou récente initiative à citer quelques femmes, les rapports de genre se traduisent également dans les choix de toponymie.

b/ La toponymie des P-O

-  Sur les 234 communes que composent les P-O, 5 font référence à des noms de femmes. Le pourcentage de références de femmes est de 2,1% et 13% pour les références d’hommes
-  Parmi ceux-ci, 3 sont au nom de Saintes (et 25 au nom de Saints sur 28). Cette affiliation rappelle la fonction du religieux dans le conditionnement de genre. « Pouvoir sur les femmes et pouvoir des femmes » comme l’annonce M Perrot, les lieux saints sont espaces de confidences où les femmes se confinent dans un rapport de servitude à Dieu et ses représentants, la dévotion valorise l’épanouissement basé sur la chasteté, l’effacement, le silence et le recueillement introspectif. Les couvents représentent un choix supplémentaire aux projets matrimoniaux incités /imposés par les familles et permettent ainsi d’échapper à leur contrôle tout en étant gratifiée socialement. Dans l’histoire des femmes, les églises ont permis l’accès à une lecture certes limitée à la piété mais qui n’était habituellement consacrée aux milieux les plus aisés et volontaires. L’éducation des filles exclusivement religieuse jusqu’au XVIIéme siècle mais aussi domestique, ménagère et de savoir-vivre selon les milieux d’appartenance. Les valeurs « féminines » d’assujettissement, douceur, charité, pudeur, humilité.
-  Les deux communes restantes sont Amélie-les-bains et Bourg-Madame. o Le nom initial d’Amélie les bains était "Les bains d’Arles", en rapport avec le surgissement des eaux chaudes de la ville d’Arles-sur-Tech. Le nom actuel a été donné en 1840 en référence à la reine Amélie (en raison de son passage sur les lieux, elle fut également solidaire lorsque la catalogne Nord fut conquise par la Couronne de France sur la Couronne d’Espagne en 1659 et) o Le nom de Bourg-Madame peut donner lieu à une double interprétation : • Il a été donné par le duc d’Angoulême, fils de Charles X en l’honneur de son épouse, à son retour de l’exil espagnol en 1815. • Mais avant cela en 1690 le hameau se formait et s’appelait "la guinguette", puisqu’il répondait à la satisfaction des « besoins » sexuels des soldats gardant la frontière. (Le guinguet, c’était un petit vin aigrelet de l’époque) Dans les injures, la féminisation accentue le caractère insultant.

c/ Les représentations des femmes dans l’aménagement du territoire :

-  Les choix d’aménagements du territoire nomment les rues entre 2,3% (Perpignan ) et 9% (Cabestany) de femmes.
-  L’unique statue de femme emblématique que nous avons repérée a proximité des Pyrénées Orientales se situe à Leucate Village en plein centre de la place de la République, à l’effigie de Françoise Cezelly, héroïne du 16-17éme).

-  À Perpignan, ce sont les muses de Maillol, (Dina Vierny en est la plus connue mais quelle est l’autre ?), qui reste une référence dans le paysage public. Jeune (elle avait 15 ans quand elle commença à poser pour Maillol), elle fascine par sa fraîcheur et sa pureté. Ronde et charnelle, on lui prête de représenter la morphologie des femmes catalanes alors qu’elle n’est pas originaire des lieux. Les cheveux symbolisant l’érotisme « condensent la séduction » des femmes. Ainsi sa nudité contraste avec la retenue qu’évoque le chignon. La profusion d’images du corps des femmes, notamment depuis la Renaissance, révèlent les représentations de la « féminité ». Comme le dit G Duby, « ces images contraignent les femmes à n’en être que spectatrices, plus ou moins consentantes » . Assignées au sexe de la beauté, l’esthétique est leur principal capital dans l’échange amoureux et la conquête matrimoniale .

Le traitement différencié des sexes se repère également dans l’histoire de l’aménagement du territoire. Concernant l’accès des femmes à l’instruction c’est en 1871 que la sororie Guinard initie le 1er pensionnat voué à l’éducation chrétienne des jeunes filles de noblesse dans ce qui sera « Notre dame de Bon Secours ». Prières, musique, chant, théâtre y sont des activités de conditionnement de ces futures dames et ce n’est qu’en 1968 que le « Lycée Arago » accepte les filles pour une éducation mixte et homogène. Le collège Jean Moulin construit en 1901 donnera lieu aux Cours secondaires de jeunes filles en 1910. Transformé en Collège de jeunes filles en 1932, l’espace contient l’ ancien couvent Saint-Sauveur avec les Bains Saint-Sauveur et l’ Ecole normale d’ instituteurs, anciennement nommée Ecole normale de garçons. Le collège devenu un lycée de jeunes filles en 1958, dispensera un enseignement secondaire mixte en 1966. La mixité est une étape essentielle de l’éducation des sexes, puisqu’elle permet un accès à des activités artistiques et sportives moins connotées en termes de sexes.

Lieux de sociabilité

1/ Dans la religion

Les femmes sont de maintes fois représentées comme références religieuses, ce qui rappelle que la piété est non seulement un devoir mais un « habitus » sexué. Dès l’origine les religions sont basées sur la hiérarchisation des hommes sur les femmes légitimée par une « nature divine ». Une évaluation rapide de leur forte représentation dans les lieux de cultes et de prières du département a été faite : (3/5 prieurés, 23/58 ermitages, 1 abbaye/5, 4 églises sur 16, 7 chapelles /22 et 8 noms d’hommes) soit 31/90. Cette surreprésentation dans le domaine religieux ? Les couvents qui sont des lieux de relégation et de clôture mais aussi lieux de protection contre le pouvoir des hommes et des familles, ont longtemps été des lieux de sociabilité de femmes. Le plus célèbre couvent du département est celui des Clarisses, Le couvent Ste Claire est construit en 1550 rue Général Derroja. Plus tard il fut dirigé par Anna maria de Antigo, une exception puisqu’elle est élue abbesse en 1645, mais aussi de par son caractère de résistante. Malgré la signature du Traité des Pyrénées, les prières et études sous ses ordres, se poursuivaient en Catalan, ce qui a valu aux 26 clarisses d’être exilées à Gérone durant 8 ans. Les couvents sont aussi lieux de repenties pour les plus « fautives » ce qui n’a pas d’équivalent chez les hommes. Fondé par Esclarmonde, reine de Majorque, le couvent des Repenties de Perpignan adhérait à un ordre religieux basé sur la règle de St Benoît. Ce couvent accueillait d’anciennes prostituées qui quittaient le quartier des Partit (quartier des prostituées et des proxénètes situé dans le triangle de St Jacques à la caserne), d’où le nom de repenties. Leur punition est la visibilité Les moyens de subsistances sont alors de mendier dans les villages. Je cite « La règle de St Benoît était plutôt douce et visait à épanouir la personne humaine. Les sœurs avaient différents droits importants comme celui de sortir du couvent. Elles conservaient parfois des objets de valeur. En tant qu’ancienne prostituée, elles avaient la plupart du temps le caractère vif, et les éclats de voix étaient monnaie courante dans ce couvent. » (Cf. La part de subjectivité qui fonde l’histoire impose la vigilance à débusquer sexisme banalisé et discrimination.) Délogées en 1542 par les Augustins, elles rejoignirent la rue et plaidèrent leur cause à Barcelone, sans être entendues. Ce fut la fin de « l’ordre des Repenties » de Perpignan. Plus tard un service administratif fut installé et disparut à la Révolution.

2/ Autour du linge

-  Parmi les vestiges du passé les lavoirs, autre lieux de sociabilité des femmes incités par les taches des femmes au soin du linge mais redouté notamment par le code Napoléon qui voulut les compartimenter pour évincer leur forces collectives. Le lavage du linge était le lot des lavandières quand il se situait dans les lavoirs, mais aussi des bourgandières qui se concentraient sur les bords de la Têt, du Tech et de l’Agly. Leurs positions étaient sur les genoux à même le sol où les accompagnaient leurs enfants
- Dans la sphère des apparences et de leur consommation à l’époque industrielle, les « Dames de France », construit en 1905 marquent les instruments du conditionnement des femmes à l’esthétique, au goût et à la compétence de valorisation de son capital beauté. Le grand magasin condense les attributs de féminité et rend davantage accessible le suivi de la mode parisienne. Textiles, merceries, accessoires composent et agrémentent les commandes de tenues sur mesure faites chez les couturières et petites mains. (Le prêt-à-porter n’apparaîtra que dans les années 60 avec des modèles pré définis dans des tailles standardisées ). Les sélections proposés massivement seront l’objet d’une confusion entre les classes sociales - alors que l’apparence révélait les distinctions de classes sociales- les prostituées se saisissent des codes vestimentaires des femmes de noblesse. Les Dames de France fut à ses moments de prospérité un employeur important de femmes (jusqu’à 300 employés.es dans les 70’s). Symbolisant les rapports de concurrence entre femmes, vouées à se préparer comme des appâts pour plaire aux hommes de conditions favorisées, les vols étaient nombreux.

3/ Rites et coutumes

- Dans les rites et coutumes traditionnelles, les femmes dansent davantage la sardane que composent les prestigieuses mélodies et cobles locales (ce n’est que récemment qu’une femme joue du flaviol, instrument spécifique de tradition catalane)
- Parmi les résurgences de traditions carnavalesques millénaires, la fête de l’Ours met en scène la ritualisation de la virilité . Noirs de suie, d’huile et de sueur, muni d’un bâton symbolisant le rut incontrôlable puisque « naturel », les 3 ou 4 ours lâchés dans la ville sont traqués par ceux qui préservent le bien public du village que représente l’esthétique et la virginité de leurs filles qui sont marquée (de suie) par les contacts évités de l’homme animalisé. Le jeu de la séduction est illustré. Dans la légende, la jeune fille vierge enlevée par l’Ours a su éviter le viol de l’animal par la puissance de la prière. Homme/ nature, femme/culture la scission originelle entre les sexes est confirmée.

III- les modalités méthodologiques mises en œuvre pour mener l’enquête sur le matrimoine local.

Au départ, le projet d’établir une liste de 66 femmes nous paraissait un peu présomptueux, de par la quasi absence de leurs traces, alors que c’est leur multiplicité qui permettrait un recoupement de donnés fidèle à ce que l’histoire pourrait transmettre. Nous avons ainsi intégré dans la liste des femmes emblématiques du territoire, celles qui avaient précisément eu un intérêt pour cette thématique à l’époque. Nous avons également repéré celles qui étaient référencées dans l’histoire locale (liste non exhaustive puisqu’en cours)outils de filiation de l’histoire des hommes, discrètes dans l’histoire des dynasties locales, minimisant leurs valeurs, perçues comme scandaleuses, reconnues en d’autres lieux ou encore a titre posthume.

Le recueil de l’histoire orale a été timide au départ puis a essaimé peu à peu, les resollicitations ont été souvent porteuses, notamment quand il s’agissait de personnes ressources indirectement désignées. Dans les témoignages directs ce sont les effets de la féminité qui gênent à la prise de parole : humilité, pudeur, modestie, dévalorisation de trajectoires de vie, inconfort face à l’expérience inhabituelle d’être mises en avant. Ainsi il a fallu parfois convaincre, d’autres fois valoriser, ou encore expliquer l’anomalie de l’absence des femmes en rassurant sur le fait que le projet ne se destinait pas à être en compétition ou de surpasser l’histoire des hommes. Il a aussi fallu respecter l’anonymat des interviewées.

D’autres obstacles à la libération de la parole ont été la croyance religieuse qui ne permet pas la mise en avant de soi, le salut étant dans l’assujettissement au pouvoir de Dieu. La honte également quand les personnes se rendaient coupables d’avoir été victimes de sorts résolument spécifiques aux femmes. L’humiliation laisse des traces sur les ascendantes et les châtiments publics touchent injustement les femmes dans l’histoire sans réciproque chez les hommes, comme en témoignent les tontes de l’après-guerre. Les femmes ont été tenues à une conduite en rapport avec les attentes -multiples- évoquées par leur sexe (procréation, mariage plus ou moins consentant de ce fait, abandon d’ambitions, tenue du foyer, et « respect de sa dignité », contrôle du corps et de la sexualité) les condamnations s’ajoutent à leur déni. Les sorcières étaient des femmes célibataires et ainsi suspectes, immolées sur des bûchers sur la place publique pour être exemplaires. De nos jours persiste la lapidation a remplacé les bûchers (des vidéos prises filmées sur téléphone portable se transmettent sur Internet comme des menaces), la tonte des femmes durant les guerres, les viols, agressions sexuelles les rendant victimes de pédophilie ou d’inceste, les violences conjugales excluent l’idée de se mettre en avant, quelle que soit la valeur de leurs trajectoires. Un autre obstacle est la rétention d’information des personnes qui pourraient être des ressources mais aussi la non connaissance de la langue catalane.

IV. Néanmoins la liste compte aujourd’hui 85 noms de femmes et s’accroît au fil du temps depuis que le projet d’enquête a été annoncé, compris et questionné au regard de celles et ceux qui s’en perçoivent comme les témoins et parfois les silencieux complices.

Il s’agit certes d’intégrer celles qui ont eu des carrières exceptionnelles, mais cette démarche exclusive accentuerait leur exclusion des champs de la vie publique dans lesquelles elles ont toujours été des actrices de l’ombre. Ainsi a t il semblé important de reconnaître la valeur de trajectoires souvent banalisées et de dénoncer les traitements différenciés par leurs sexes.

Ainsi le matrimoine se compose de femmes historiques mais aussi actuelles, originaires ou implantées plus tardivement, mais en tout cas peu ou non reconnues malgré leurs actions héroïques, solidaires ou humanistes tant dans les événements historiques que dans des activités citoyennes, professionnelles, familiales, culturelles, artistiques et sportives. Au fil de l’enquête il a semblé important de faire apparaître les innommables, les honteuses, voir les scandaleuses

-  dans les événements historiques (résistance, retirada, camps de concentration,
-  dans des activités citoyennes politiques, militante, syndicaliste, féminisme françaises, aujourd’hui femmes solidaires, les avorteuses clandestines, les fondatrices du planning familial 66…
-  et ou activités professionnelles o dans les grandes entreprises qui ont fait l’essor économique du département, que ce soit en tant que décisionnaires (notamment en tant que femme d’entrepreneur) ou main d’oeuvre. Je pense aux transbordeuses d’oranges, les ouvrières de l’usine de Paulilles, des papiers jobs, des tissus et produits catalans, poupées Bella, chocolat Cantalou, Anchois de collioure…, o dans des travaux de recherche sur l’histoire, la catalogne, les femmes
-  Dans les activités familiales (puisque ayant pris une part invisible dans le patrimoine familial aussi bien dans la tenue de l’entreprise familiale ou du conjoint, que la gestion familiale : vigneronnes, agriculture, artisanat, commerce
- Dans les activités culturelles, sportives, artistiques, les pionnières (1ere sénatrice, docteure sur l’université de Perpignan, juge, médecin, prof de sport…) Au fil de l’enquête il a semblé important de faire apparaître les innommables, les honteuses, voir les scandaleuses.

Cette liste de noms recensant le matrimoine local sera critiquée, ajustée, et controversée. Il faut qu’elle le soit, de manière à tenir les promesses initiales de l’action : que chacun-e questionne son histoire personnelle avec ce qu’il-elle est en tant que produit de son environnement, pour en reconnaître la valeur, et faire en sorte de la transmettre.

2 Messages de forum

  • Matrimoine catalan 16 mai 2011 10:48, par barilles

    Bonjour, juste pour information où en êtes vous de la publication de ce travail ?

  • Matrimoine catalan 22 avril 2015 16:39, par Jill Du Faur

    of course like your web-site but you need to test the spelling on several of your posts. Several of them are rife with spelling problems and I to find it very troublesome to inform the truth however I will certainly come again again.

    Voir en ligne : http://www.sigamer.com


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